Audition et santé du cerveau : ce que disent les études
On entend de plus en plus parler d'un lien entre l'audition et la mémoire. Certains titres affirment que les appareils auditifs « protègent de la maladie d'Alzheimer ». La réalité est plus nuancée, mais elle reste importante. Voici ce que disent réellement les études.
Un facteur de risque reconnu
En 2024, la Commission du Lancet, un groupe international d'experts qui fait référence sur la prévention de la démence, a identifié 14 facteurs de risque sur lesquels on peut agir. La perte auditive non prise en charge fait partie des plus importants. Selon ses estimations, elle serait associée à environ 7 % des cas de démence dans le monde.
Il faut bien comprendre ce chiffre : c'est une estimation à l'échelle de la population, construite à partir de nombreuses études. Elle ne signifie pas qu'une personne malentendante développera forcément une démence, ni que la perte auditive en est la cause directe. Certains chercheurs pensent d'ailleurs que ce chiffre pourrait être surestimé.
Pourquoi l'audition et le cerveau seraient liés
Plusieurs explications sont étudiées, et elles ne s'excluent pas :
- L'effort d'écoute. Quand on entend mal, le cerveau consacre beaucoup d'énergie à décoder les sons, au détriment d'autres fonctions comme la mémorisation.
- L'isolement social. Les conversations deviennent fatigantes, on sort moins, on participe moins. Or la vie sociale stimule le cerveau.
- La privation sensorielle. Les zones du cerveau qui traitent les sons reçoivent moins d'informations.
- Des causes communes, comme le vieillissement vasculaire, qui pourraient toucher à la fois l'oreille et le cerveau.
L'essai ACHIEVE : des résultats encourageants, mais nuancés
L'étude la plus solide à ce jour s'appelle ACHIEVE, publiée en 2023. Près de 1 000 personnes de 70 à 84 ans, avec une perte auditive légère à moyenne non appareillée, ont été suivies pendant trois ans. La moitié a bénéficié d'un appareillage accompagné d'un suivi régulier, l'autre moitié d'un programme d'éducation à la santé.
Les résultats sont à lire attentivement :
- sur l'ensemble des participants, la différence de déclin cognitif entre les deux groupes n'était pas statistiquement significative ;
- chez les participants qui présentaient un risque élevé de déclin cognitif au départ, le déclin a été ralenti d'environ 48 % sur trois ans dans le groupe appareillé.
En résumé : traiter une perte auditive ne garantit pas de protéger son cerveau, mais les données actuelles suggèrent que c'est l'un des leviers de prévention les plus accessibles, en particulier pour les personnes les plus à risque. Et les bénéfices sur la qualité de vie, eux, sont bien établis.
Ce qu'on peut en retenir
Pas besoin d'attendre des certitudes absolues pour agir. Bien entendre, c'est continuer à participer aux conversations, à sortir, à rester en lien avec les autres. Ce sont des raisons suffisantes pour faire contrôler son audition, et, si besoin, pour la prendre en charge sans attendre.
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Sources : Livingston et al., Commission du Lancet sur la démence, 2024 ; Lin et al., essai ACHIEVE, The Lancet, 2023 ; analyse secondaire de l'essai ACHIEVE. Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.